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Numéro 179

mai 2000

Les Grandes heures de Marsac en Livradois

Jean Louis BOITHIAS chercheur au GRAHLF, spécialiste de l'archéologie industrielle, nous fait partager sa passion de l'histoire en nous envoyant un article sur les grandes heures de Marsac. Nous vous le publions en plusieurs séries :    

            Outre les moulins à grains, le Grand Rif faisait aussi tourner des moulins " à foulon " dont la fonction était de triturer dans un mélange d'eau alcaline et d'argile les tissus de laine sortis des métiers de tisserands, pour les feutrer et les rendre propre à l'habillement. Il accueillait également sur ses rives des moulins à " ruches ", c'est-à-dire à écorces, destinées à approvisionner les tanneries artisanales installées au sud de la localité, entre le bourg et le quartier du petit moulin. L'un de ceux-ci, le moulin de saint Pierre, à Chadernolles, écrasait ou hachait par le menu, chaque année, des quintaux de " faix " d'écorce de chêne récoltée par les paysans dans les forêts alentours, les réduisant en " tan " destiné au traitement et la conservation des cuirs dont la famille Pacros notamment, faisant un abondant commerce dans toute la région, en plus de celui de la dentelle et du papier. 

            Il était une autre source de revenus qui en volume et en chiffre d'affaire, dépassait toutes les autres réunies dans cette partie du Livradois : c'était la papeterie, construite dans le courant du XVI ème siècle, les moulins du Grand Barot près Grandrif (famille Colombier) et de la Grand Rive, aval des précédents (famille Dupuy) auréolèrent de leur présence toute l'économie Marsacoise aux XVII éme et XVIII ème siècles. Par leur productions conséquentes et réputées de qualité, soit plusieurs milliers de tonnes de papiers pour l'impression des livres et des estampes, et par leur renommée, parisiennes mais aussi " européennes " avant l'heure, ils furent en leur temps, sinon de véritables " manufactures ", tout du moins de célébrissismes usines employant un personnel qualifié, au pouvoir d'achat  supérieur à la moyenne : au Grand Barrot, à la Grandrive, à la Vigne, à la Fédiére, au Suchet, à Rolland, à Thamias. Des générations d'hommes de l'art, maîtres et ouvriers confondus, se succédèrent en ces lieux prestigieux qui fournirent, à la fin du XVIII éme siècle, les milliers de rames nécessaires à l'impression de la " grande encyclopédie " de DIDEROT et D'ALEMBERT. 

            Cette "  heure de gloire ", Marsac ne la retrouvera jamais par la suite.

Ce ne sont pas les rares tuileries construites sur son sol argileux (tuilerie " Montagnon " près de la route nationale 106 aux limites sud de la commune) qui compenseront au XIX éme siècle le déclin de la papeterie. Non plus que les quelques féculeries nées avant et après 1900 de l'abondance de la pomme de terre dans les cantons d'Arlanc et d'Ambert, et dont la production partait, durant l'hiver, par le chemin de fer à destination des usines Michelin à Clermont-Ferrand ou d'autres unités de transformation en France et à l'étranger. Encore moins le travail de la soie qui ne fera qu'un passage éphémère sur la commune (Moulinage " Morilhat " du pont) et ne parviendra pas à prolonger dans le temps le travail séculaire des dentellières dont Marsac était en quelque sorte jusqu'à une date récente, la "tête de pont " la plus septentrionale de la région.

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