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Numéro 186décembre 2000 |
Conte de Noëldécouvert
sur internet par P. Challet |
Le Noël
du Père Noël
C’était un jour à ne pas mettre un chien dehors.
La
neige tombait dru depuis de longues heures. Des flocons s’infiltraient
sous la porte et le vent passait par les châssis qui n’étaient plus de
première jeunesse. Le
Père Noël boutonna sa chemise jusqu’au dernier bouton en faisant une
grimace car avec l’âge, son cou s’était quelque peu ratatiné. Il
passa un chaud tricot de laine et ajouta par-dessus un gilet qu’il
boutonna également. Il enfila des chaussettes bien épaisses et chaussa
ses bottes fourrées. Enfin, il se drapa dans son ample manteau de drap
rouge et noua soigneusement son écharpe. Il prit sa paire de gants fourrés
et pareillement harnaché, il se regarda dans le miroir accroché dans
l’entrée. -
" Tout le monde dit que je suis gros, pas étonnant avec autant
de couches - je ressemble à un oignon " Au lieu de le faire
rire, cette réflexion eut le don de l’agacer un peu plus. -
" Quelle nuit atroce ! Je serais bien mieux confortablement
installé près de ma cheminée et buvant un chocolat chaud fumant ... "
Là encore, cette pensée le rembrunit un peu plus et son front se plissa.
Le
Père Noël sortit de sa maison. Son renne Ferdinand l’attendait depuis
de longues minutes. Il avait les naseaux gelés et ses yeux pleuraient. Le
froid était si vif que les patins du traîneau ne voulaient pas se décoller
du sol. Après une vérification sommaire de tous les paquets, l’équipage
se mit en route. Bien
que de fort méchante humeur, le père Noël entonna son cri " Oh,
oh, oh ! " et les clochettes se mirent à tintinnabuler. Il
s’adressa à Ferdinand : Il
avait à peine prononcé cette dernière phrase qu’il arriva à la première
maison de sa tournée. Les parois du toit étaient particulièrement
abruptes et la glace les avait rendues aussi brillantes qu’un miroir. La
cheminée n’était pas très large et Ferdinand se demandait comment le
Père Noël allait pouvoir pénétrer à l’intérieur. Timidement, il se
hasarda : -
" Si vous ne descendiez pas cette année Père Noël ? " -
" Mais tu n’y est pas mon pauvre Ferdinand ! Tu ne
voudrais pas que je demande que l’on m’ouvre la porte tout de même
... " Le
Père Noël enjamba le rebord et commença à descendre. Il ne put pénétrer
que jusqu’à la taille car avec un gilet en plus, le conduit était bien
trop étroit pour lui. Il essaya en vain de respirer, de ne pas respirer,
de se tirer, de se tordre dans tous les sens ... Rien. Il ne bougea pas
d’un millimètre. Déjà des braises atteignaient la semelle de ses
bottes. Elles se mirent à roussir en dégageant une épaisse fumée qui
le fit tousser. Ferdinand s’approcha et poussa tellement fort que le père Noël et
ses cadeaux furent propulsés vers le bas tels un boulet de canon. Le Père
Noël se retrouva dans le salon couché sur le dos au beau milieu des
cadeaux. En bougonnant, il remplit les souliers des enfants
de tous les présents qu’ils avaient demandés et remonta avec beaucoup
d’effort le long du conduit en se disant que l’an prochain Noël devra
véritablement être à un autre moment. Arrivé sur le toit près de
Ferdinand, il lui dit : -" L’an prochain, nous avancerons la fête
de Noël " ; Vaguement inquiet, le renne lui demanda entre
deux rafales de neige : -" Ce sera beaucoup plus tôt ? " -" En juillet, je pense que ce sera la
bonne époque juste au moment où la nuit est si douce, si lumineuse... " Les mois passèrent bien vite et le mois de juillet
pointa son nez. Le Père Noël plus affairé que d’ordinaire ne vit pas
les jours passer. Le Père Noël avait fait en six mois le travail qu’il
effectue d’ordinaire en une année entière et il n’avait pas pris
beaucoup de repos. Le soir du 24 juillet, il demanda à Ferdinand de
sortir le chariot à roues. Il ne pouvait pas utiliser son traîneau
puisqu’il n’y avait pas de neige... Il rentra pour se préparer.
Tout d’abord, il entreprit de se raser. La barbe, c’est bien l’hiver
pour avoir chaud mais l’été, rien de tel qu’un bon rasage de frais.
Il enfila un jeans, prit dans son armoire son plus beau tee-shirt et
chaussa une paire de sandales en cuir. En passant devant le miroir de
l’entrée, il ne put s’empêcher de se trouver très bien. Il était
très à la mode, très mince et d’une humeur excellente. C’était
pensait-il une excellente idée d’avoir changé la date de la fête de
Noël. Il sortit de sa maison. Son renne Ferdinand l’attendait depuis de
longues minutes. Après une vérification sommaire de tous les paquets,
l’équipage se mit en route. Le père Noël entonna son cri " Oh,
oh, oh ! " Ils arrivèrent sans encombre à la première
maison de la tournée. La cheminée était toujours aussi étroite mais il
s’y engouffra sans aucun effort. Il se mit bien vite à éternuer à
cause de la suie restée dans le conduit et aussi de ses narines qui n’étaient
plus protégées par sa moustache. Une fois dans la pièce, il resta très
étonné. Rien n’était comme d’habitude. Pas de petits souliers alignés
devant la cheminée, pas de sapin de Noël, pas de décoration et surtout
pas de petit verre de goutte ni de morceau de bûche de Noël à son
intention. La maison était déserte, comme abandonnée. " Mais
ce n’est pas possible, pensa le Père Noël, ils n’ont pas pu me faire
ça ! à moi ! Ils sont partis en vacances ". Il
reprit ses cadeaux et remonta sur le toit où le renne l’attendait. |
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Il
n’était pas en très bonne compagnie, le renne Ferdinand. Des
moustiques tournaient tout autour de lui, s’arrêtant de ci, de là pour
le piquer un peu. Il n’était pas de très bonne humeur et lorsque le Père
Noël apparut, il se mit à se plaindre : -" L’hiver
au moins, il n’y a pas toutes ces bestioles. Regardez comme elles
m’ont piqué ! " Son œil était déjà tout enflé et sa
queue allait et venait en tous sens pour essayer de les chasser. Ils
firent le tour des maisons mais c’était partout la même chose. Soit,
les gens étaient en vacances, soit les enfants ne dormaient pas à cause
de la chaleur. Par trois fois, le Père Noël faillit être vu et même la
dernière fois, les parents crurent qu’un voleur était entré dans la
maison et appelèrent la police. Le Père Noël grimpa sur son chariot à
roues et s’enfuit en direction de sa maison. Il allait tellement vite
que les cadeaux tombèrent les uns après les autres. Furieux de cette mésaventure,
le Père Noël jura qu’on ne l’y reprendrait plus. Le
soir du 24 décembre, il sortit comme d’habitude dans la nuit glacée.
Il avait pris ses gants, son gros gilet, sa chemise boutonnée jusqu’au
dernier bouton et son ample manteau de drap rouge. Bien qu’il fasse plus
froid que d’habitude, le Père Noël n’émit aucune plainte. Le toit
de la première maison était toujours aussi pointu et aussi lisse, la
cheminée aussi étroite. Il eut bien des difficultés à se laisser
glisser jusqu’en bas mais il y parvint. Les petits chaussons étaient
alignés devant la cheminée. Un sapin magnifique éclairait la pièce et
une multitude de décorations rendaient ce lieu féerique. Il y avait sur
la table un petit carton avec écrit en grosses lettres dorées :
" POUR LE PERE NOËL " et juste à côté, un belle
portion de bûche de Noël et un petit verre de goutte. Il trouva également
une lettre tellement gentille qu’en la lisant, il sentit les larmes lui
monter aux yeux. " Mon
cher petit papa Noël, Je
sais que je ne suis pas toujours très sage. Je
voulais te dire que tu es formidable Que
malgré la neige et le froid tu viens toujours à la même date. Je
te fais un gros bisou. Zoe " La
remontée lui parut facile. La suie n’entra pas dans ses narines car sa
moustache avait repoussé Arrivé sur le toit, Ferdinand ne le vit pas arriver. Il fixait une étoile brillante en rêvant... -" Tu
sais, dit-il à son renne, c’est merveilleux un Noël en décembre.
Jamais je ne voudrais distribuer mes cadeaux à un autre moment." Et
comme pour lui dire qu’il avait raison, toutes les cloches des environs
se mirent à carillonner et une étoile filante passa au-dessus de la
cheminée étroite. |
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