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Numéro 210

décembre 2002

Conte inédit de Noël

 Avez vous entendu parler de Carsac ?

 C’était jadis, un joli petit coin d’Auvergne, perdu au milieu de la plaine du Mivradois, niché dans un méandre de la rivière Fore, situé près d’un immense et mystérieux bois noir : le bois du Riou.

            Là, vivait une famille très pauvre. La mère, veuve, gagnait sa vie durement à laver à la main le linge des plus fortunés. Elle s’acharnait armée de son battoir, de son savon noir, sur les camisoles et les dentelles de quelques seigneurs des environs.

            Son fils aîné, le Jeantout était loué chez un fermier d’Anvert. La cadette, la Marie-aux-Oiseaux, aidait sa mère tant qu’elle le pouvait, triait, essorait les vêtements, les étalait sur le pré, gardait ses petits frères et sœurs, préparait la pauvre soupe trempée dans du pain bis. Il fallait la voir la pauvrette, passant sa journée au labeur.

            Un jour, Thérèse, la veuve diligente, pria Marie de rapporter le linge lavé chez le seigneur du village voisin : Rarlanc. Pour y arriver, il fallait traverser le sinistre bois du Riou. Elle savait combien le trajet était long et périlleux. Mais comment faire autrement, n’avait elle pas encore des monceaux de lessive à terminer ?

Donc, Marie partit peu rassurée. Heureusement, elle appela ses amis les oiseaux, les avisant de la terreur qu’elle éprouvait à l’idée de traverser cette maudite forêt. L’on disait même qu’en son cœur elle abritait un vieillard stupide et belliqueux qui n’hésitait pas à se jeter sur les promeneurs venus rôder non loin de sa cabane. On ajoutait même que si l’on était perdu dans ses arbres géants, on trouvait en rond sans pouvoir sortir. On parlait aussi de sables mouvants. Quelle horreur !

Thérèse avait bien averti sa fille.

 «  Surtout, ne te déroute pas du sentier qui conduit à Rarlanc, suis le toujours. Ne te laisse en aucune façon distraire par les esprits qui hantent les lieux »

Voilà, notre petite Marie partie gaillardement, avec une appréhension bien compréhensible.  Mais, chemin faisant, la Marie-aux-Oiseaux rencontre un énorme écureuil qui lui fit des tas de grimace rigolotes.

«  ouh ! ouh ! La Marie, viens avec moi, je te donnerai des noisettes, des tas de noisettes, et même des noisettes au chocolat… !!

Heureuse de pouvoir manger quelque chose, Marie l’accompagna et se dérouta. Quand elle s’aperçut de son erreur, elle était perdue, bien perdue. Elle pleura, pleura, assise sur une grosse pierre moussue posée dans une clairière : «  Que vais-je devenir ? Je ne sortirai plus jamais de ce maudit bois. Le loup va peut être me manger. Je vais sans doute me trouver au milieu des marécages et être engloutie à tout jamais, Le loup garou va m’emporter au pays des mauvais esprits, oh, pauvre de moi, je suis perdue, perdue ! …

Soudain, elle entendit un battement d’ailes « oh ! non »    pensa-t–elle, « Déjà les mauvais esprits rôdent près de moi » Non, ce fut tout simplement un rouge gorge, qui se posa près d’elle et la réconforta.

«  N’aie plus peur, petite, je vais te remettre sur le bon sentier. Mais à l’avenir, ne te laisse plus distraire car je ne pourrai pas toujours être là pour te sauver ».

Marie le remercia. Chemin faisant, insouciante elle chantait, jouait avec les premiers flocons de neige qui virevoltaient.

Soudain, elle se rendit compte que la neige avait tout recouvert de son épais manteau blanc. Elle trembla de froid. C’est alors qu’une musique douce et un peu lancinante parvint à ses oreilles et qu’une lumière feutrée illumina la clairière où elle commençait à nouveau à désespérer. Elle discerna dans le flou de la brume, les fenêtres éclairées d’une cabane. A l’intérieur, un vieil homme à la barbe blanche, vêtu de rouge s’activait devant un établi et fabriquait de ses mains expertes des chars en bois, des poupées en chiffon, sculptait des animaux dans les racines des arbres. Malgré sa frayeurs et se disant  qu’un tel homme ne pouvait être mauvais, elle prit son courage à deux mains pour frapper à la porte qui s’ouvrit sur le

vieillard tout souriant.

«  Je t’attendais, les oiseaux m’ont dit combien tu étais une fillette vaillante et généreuse ; je me nomme, Père Noël, que veux-tu que je t’offre pour cette fête qui approche ?

-        Je souhaiterais une poupée que je choierai de toutes mes forces. Mais par dessus tout, je voudrais que Maman, mes frères et sœurs soient heureux, très heureux.

-        Ecoute, petite, je suis le seigneur de Rarlanc, et je me réfugie ici pour faire le bien autour de moi malgré ma femme qui est une mégère terrible. Elle voudrait que je ne distribue pas une partie de ma fortune car elle est avare comme pas deux. Nous n’avons pas eu la joie d’avoir une troupe d’enfants autour de nous. Quel malheur ! A qui reviendra tout ce que je possède ? Voilà pourquoi je joue le rôle du Père Noël. Mais il faut que je fasse croire que je suis terrible car des êtres malfaisants et sans aucun scrupule me suceraient jusqu’à la lie et je n’aurais plus rien à distribuer aux plus pauvres. Je donne, mais seulement en cachette. Ecoute, il me vient une idée. Je te trouve si belle et si méritante que je vais t’adopter.

-        Merci, seigneur, mais je ne peux laisser ma famille dans la misère, je ne puis accepter votre offre.

-        Mais petite nigaude trop gentille, je vais combler tout ton entourage. Ta mère le mérite tant, elle aussi.

 

C’est ainsi, qu’ils revinrent à la masure de Thérèse qui accepta avec joie l’offre du seigneur : une jolie maison pour elle et sa famille et des revenus pour les toutes les années à venir. Ainsi, le Jeantout put reprendre ses études et devint un docte savant en agriculture.

Quant à Marie, sans renier sa famille, elle se partagea entre le château et la maisonnette semant autour d’elle la joie de vivre et un immense bonheur.

 

Si un jour, vous avez un peu de vague à l’âme, allez faire un petit tour dans les bois du Riou, à la recherche d’une cabane, vous y rencontrez Marie et ses oiseaux ou son esprit, et vous en reviendrez plein de gaieté et de joie à partager, bien meilleure que tout les euphorisants et séance de Psy.

 

 

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